Conseil digital pour PME de vente de produits et services, par deux dirigeants du e-commerce
Commerce · 13 septembre 2026 · lecture 8 minutes

L'argent qui dort dans vos devis sans réponse

Un devis envoyé et resté sans réponse n'est pas un devis perdu. C'est un acheteur qui a exposé son besoin, demandé un prix, puis été rattrapé par autre chose. Trois entreprises sur quatre ne relancent jamais ces dossiers de façon organisée. C'est le seul gisement commercial qui ne coûte ni acquisition, ni développement, ni budget publicitaire : le client est déjà venu.

Posez la question à votre directeur commercial : combien de devis avons-nous envoyés l'an dernier, combien ont été signés, et qu'est devenu le reste ? Il répondra sans hésiter aux deux premiers. Sur le troisième, il improvisera.

Ce n'est pas un reproche. Aucun tableau de bord commercial ne suit cette ligne. Le chiffre d'affaires se compte, le taux de transformation se calcule, le stock dormant ne figure nulle part parce qu'il n'appartient à personne.

Le calcul, en vingt minutes

Sortez trois chiffres de votre logiciel de gestion, sur les douze derniers mois.

À faire

Un. Le nombre de devis émis.
Deux. Le nombre de devis signés.
Trois. Le nombre de devis explicitement refusés, perdus au profit d'un concurrent, ou annulés par le client.

Le premier chiffre moins les deux autres, c'est votre stock dormant. Multipliez-le par votre panier moyen. Vous obtenez un montant.

Ce montant n'est pas votre manque à gagner, personne ne signe cent pour cent de ses devis. Mais il donne l'ordre de grandeur de ce sur quoi vous ne travaillez pas.

Chez un distributeur d'équipements industriels que nous avons diagnostiqué en juin, le stock accumulé depuis 2020 se comptait en milliers de demandes. Le dirigeant savait qu'il y en avait beaucoup. Il ne savait pas que c'était ce chiffre-là.

Pourquoi vos commerciaux ne relancent pas

Ils relancent, mais seulement les dossiers dont ils se souviennent. Ce sont les gros, ceux qu'ils ont préparés eux-mêmes, ceux dont le client a rappelé. Une bonne mémoire commerciale porte sur quinze à vingt dossiers vivants. Au-delà, elle décroche.

Il y a aussi une gêne dont on parle peu. Beaucoup de commerciaux considèrent qu'un client qui n'a pas répondu a dit non poliment, et qu'insister serait déplacé. C'est une transposition de codes personnels dans un contexte professionnel où ils ne s'appliquent pas.

En B2B, un acheteur qui reçoit une relance à trois semaines ne pense pas qu'on le harcèle. Il pense qu'on fait son travail. Dans la plupart des cas, son silence signifie que le projet a glissé d'un trimestre, que le budget est en arbitrage, ou qu'il avait une question technique qu'il n'a pas osé poser parce qu'elle lui semblait bête. Le refus franc arrive rarement par le silence : quand un acheteur a dit non, il le dit.

Le piège de l'outil

Votre logiciel de gestion sait probablement relancer. Attention à ce qu'il relance.

Dans la plupart des ERP et des outils de facturation français, la fonction appelée « relance » désigne les factures impayées. Elle se déclenche sur un nombre de jours de retard de paiement, elle envoie un rappel de plus en plus ferme, et elle est configurée dans le module comptable. C'est utile, et ce n'est pas du tout le même sujet.

Relancer un devis en attente demande un autre mécanisme, généralement rattaché aux activités commerciales ou aux séquences du CRM, parfois à un module payant supplémentaire. Nous rencontrons régulièrement des entreprises persuadées d'avoir la seconde parce qu'elles ont activé la première.

Le test

Demandez à la personne qui administre votre outil de vous montrer, à l'écran, la liste des devis émis il y a plus de trente jours et qui n'ont ni été signés ni été refusés. Si cette liste n'existe pas en deux clics, votre relance de devis n'existe pas non plus.

Ce qui marche, dans l'ordre

Commencez par le stock, pas par le flux. Le stock est une opération unique, sur quelques semaines, et c'est lui qui produit le résultat visible. Le flux est un changement d'habitude, plus long à installer.

Traiter le stock

Ne relancez pas trois mille dossiers. Filtrez sur les douze à dix-huit derniers mois, au-delà le besoin a généralement été traité ailleurs. Triez par montant et gardez les deux cents plus gros. Écrivez un message court, adressé, qui ne s'excuse pas et qui ne relance pas le prix : demandez si le projet est toujours d'actualité et proposez de réactualiser le chiffrage, les prix ayant bougé. Cette formule marche parce qu'elle est vraie et qu'elle donne un prétexte légitime à la reprise de contact.

Comptez une journée de préparation, deux à trois semaines d'envoi étalé, et un commercial qui traite les réponses au fil de l'eau.

Installer le flux

Trois relances suffisent. À sept jours, un simple accusé qui vérifie que le devis a bien été reçu et lisible, ce qui règle au passage les cas de pièce jointe bloquée par un antivirus. À vingt et un jours, une question sur le calendrier du projet. À soixante jours, une reprise de contact qui apporte quelque chose : une évolution de gamme, une nouvelle certification, un délai de livraison amélioré.

Passé la troisième, arrêtez et sortez le dossier du circuit. Une séquence qui ne s'arrête jamais finit par abîmer la relation, et c'est la raison pour laquelle beaucoup d'équipes refusent d'en installer une.

Ce qui ne marche pas

Le message automatique impersonnel signé « le service commercial ». Il se repère en une seconde et il abaisse la valeur perçue de votre devis.

La remise proposée d'office en relance. Vous apprenez à vos clients que le premier prix n'est jamais le vrai, et vous perdez de la marge sur tous les dossiers suivants, y compris ceux qui auraient été signés au tarif.

Le tableur partagé où chacun note ses relances. Il tient trois mois. Ensuite deux commerciaux sur cinq le remplissent, ce qui est pire que rien puisque vous croyez avoir une vue.

Ce que ça rapporte, honnêtement

Je ne vais pas vous donner un pourcentage. Les chiffres qui circulent sur le sujet viennent d'éditeurs de logiciels qui vendent la fonction, et ils portent sur des secteurs qui n'ont rien à voir avec le vôtre.

Ce que je peux dire tient en deux points. Le taux de retour dépend surtout de l'ancienneté des dossiers relancés et de la durée normale de vos cycles de vente : sur un cycle de six mois, un devis de quatre mois est vivant, sur un cycle de trois semaines, il est mort. Et le premier effet arrive vite, en quatre à six semaines, parce que vous travaillez sur des demandes déjà exprimées et non sur de la notoriété à construire.

C'est aussi le seul chantier de cette liste qui ne demande ni développement, ni budget publicitaire, ni décision d'investissement. Une méthode, un calendrier, et quelqu'un qui vérifie que c'est appliqué.

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